LES TABLES RONDES

Table ronde 1 – JTSE 2024

« Réditec, une expertise collective au service du spectacle vivant »

Modération : Gaëlle Kikteff, cheffe de projet et consultante (AMO)

Intervenant-e-s

  • Régis Vasseur, ancien directeur technique de Nantes-Angers Opéra, ancien président de REDITEC
  • Daniel Jaylet, directeur technique du centre culturel de Courbevoie, ancien président de REDITEC
  • Pierre Mauchien, ancien directeur technique des équipements de spectacles de Clermont-Ferrand, ancien président de REDITEC
  • Jean-Jacques Monier, ancien directeur technique du Théâtre national de Strasbourg et ancien président de REDITEC
  • Bérengère Naulot, directrice technique chez « Zébulon-Régie » à Nantes, et actuelle vice-présidente de REDITEC

La table ronde a marqué la parution de l’ouvrage « Dans les coulisses de Réditec », un témoignage collectif des évolutions et défis des métiers de la direction technique dans le spectacle vivant et l’événementiel sur les vingts dernières années. Les différents intervenants, tous anciens ou actuels directeurs techniques et présidents/vice-présidente de Réditec, ont partagé leurs expériences, les grandes étapes de l’association et les transformations des métiers techniques. Modérée par Gaëlle Kikteff, la discussion a mis en lumière l’importance de la transmission des savoirs et des compétences.

1 – L’histoire et les motivations de l’ouvrage

Objectif : documenter les débuts de Réditec, transmettre les expériences et structurer une mémoire collective.

Régis Vasseur a expliqué que l’idée de l’ouvrage est née de l’absence de références écrites dans le métier, soulignant le rôle central de Réditec dans l’accompagnement des jeunes générations. L’ouvrage est conçu comme un manuel hybride, à picorer ou lire en intégralité, reflétant l’essence des expériences et anecdotes des membres. Le livre vise à répondre aux besoins des nouveaux directeurs et directrices techniques, confrontés à des défis croissants.

2 – Les multiples facettes de la direction technique

Définition : la direction technique est un métier transversal, impliquant une multiplicité de compétences.

Daniel Jaylet et Bérengère Naulot ont souligné que le métier évolue constamment, exigeant des aptitudes variées : régie générale, gestion d’événements, scénographie, administration, etc. La métaphore utilisée : la direction technique est une « gare de triage », où chaque compétence est mobilisée en fonction des besoins. Jean-Jacques Monier a insisté sur la nécessité d’accepter ses lacunes et de s’appuyer sur des experts, illustrant l’importance de la collaboration et du carnet d’adresses.

Le métier s’est spécialisé et professionnalisé, tout en restant profondément ancré dans la polyvalence.

3 – Les évolutions historiques du métier

Les intervenants ont abordé les moments clés ayant marqué la structuration du métier.

Les 35 heures : un tournant pour l’organisation du travail, imposant des cadres légaux dans un secteur historiquement flexible et informel.

Accidents marquants : des événements comme Furiani et Séville ont mis en lumière les responsabilités pénales des directeurs techniques.

La reconnaissance institutionnelle : l’émergence de référentiels métiers et l’établissement de collaborations avec le ministère de la Culture et d’autres institutions (comme Artcena).

Ces événements ont structuré et légitimé la profession tout en renforçant son cadre légal.

4 – Réditec, un collectif au service de la profession

Créée pour briser l’isolement des directeurs techniques, Réditec repose sur l’entraide et le partage. Pierre Mauchien a évoqué les débuts informels avec des échanges régionaux avant la structuration en association en 2006. L’association est décrite comme une plateforme de formation continue, où chacun peut apprendre des expériences des autres via son réseau interne « le Foyer » de Réditec, plateforme numérique où les membres échangent et partagent leurs questionnements et expériences.

Quelques retours sur des actions concrètes :

– Lutte contre l’imposition de rideaux de fer dans les théâtres ;

– Développement des fiches métiers avec la Commission Paritaire Nationale Emploi Formation du Spectacle Vivant ; 

– Contributions aux règlements de sécurité, notamment pour le cirque itinérant et les équipements scéniques.

Réditec incarne l’idée du partage et de la mutualisation des compétences pour faire progresser l’ensemble de la profession.

5 – Les enjeux actuels et futurs

Les défis identifiés :

  1. Écoresponsabilité et réemploi : Réditec explore des solutions pour adapter le secteur aux enjeux climatiques et financiers.
  2. Difficulté de recrutement : mise en place de programmes pour sensibiliser et former les nouvelles générations aux métiers techniques.
  3. Transitions technologiques : l’adaptation aux technologies LED et l’émergence de l’intelligence artificielle posent des défis structurels.

Pour cela la nouvelle présidence a souhaité structurer les choses afin de mener à bien les travaux :

– Création de commissions thématiques (LED, écoresponsabilité, emploi formation, transitions technoligiques) ;

– Partenariats avec des institutions telles que la DGCA, France travail et Thalie Santé.

Réditec continue de s’adapter à un secteur en mutation, se positionnant comme une association clé dans les transitions à venir.

6 – La formation et la transmission

Les intervenants ont insisté sur l’importance de la formation et de la transmission dans un métier qui s’est historiquement appris sur le tas.

Aujourd’hui, des cursus structurés existent (CFPTS, formations spécifiques). Jean-Jacques Monier a regretté l’absence d’une véritable formation au management, un aspect pourtant crucial du métier. Bérengère Naulot a souligné l’équilibre à trouver entre diplôme et expérience pratique.

La formation reste un enjeu central pour préparer les directrices et directeurs techniques à la complexité croissante de leur rôle.

7 – Synthèse et perspectives

La valeur centrale reste le partage des connaissances et des expériences, à travers des outils comme l’ouvrage ou les réseaux internes de Réditec.

Les objectifs futurs : continuer à structurer et professionnaliser la direction technique, tout en répondant aux enjeux climatiques, technologiques et économiques.

Table ronde 2 – JTSE 2024

« Directrice et directeur technique : un équilibre gagnant »

La table ronde, intitulée « Directrice et directeur technique : un équilibre gagnant », organisée par Réditec a pour objectif de réfléchir à la mixité et à la parité dans les métiers techniques.

Table ronde animée par Sophie Proust, maîtresse de conférence en arts de la scène et chercheuse au CEAC à l’université de Lille.

Invitées :

  • Esther Nissard : directrice technique adjointe au Théâtre national de Strasbourg.
  • Lucia Goj : directrice technique du Théâtre du Châtelet.
  • Nanouk Marty : doctorante en études théâtrales et ancienne régisseuse générale.
  • Sarah Koné : directrice déléguée en responsabilité sociétale et environnementale (RSE) à la Philharmonie de Paris.

Sophie Proust ouvre la discussion en posant les enjeux.

Elle donne pour cela quelques données chiffrées importantes :

  • métiers techniques : 27% de femmes contre 73% d’hommes ;
  • direction technique : seulement 4% de femmes ;
  • progression notable : +53,3% de femmes dans les postes techniques de direction entre 2019 et 2023.

L’objectif est de comprendre les freins et opportunités pour augmenter cette représentation.

Sophie Proust souligne que la collecte de données genrées est encore lacunaire dans ce domaine, limitant une évaluation précise des progrès réalisés.

 

Intervention de Nanouk Marty : une perspective académique et technique

Nanouk Marty revient sur les observations issues de son mémoire.

La faible représentation féminine dans les métiers techniques s’explique par :

  • des parcours historiques dominés par des hommes formés dans des secteurs connexes comme le bâtiment ;
  • Une autocensure des femmes, renforcée par des perceptions de manque de légitimité ;
  • Un mode de recrutement biaisé : promotions internes masculines prédominantes et offres de poste parfois peu accessibles.

Elle nous livre son analyse des freins rencontrés à cette faible représentation. Pour elle, il y a en a deux principaux :

  • la disparité horizontale (répartition genrée des tâches) et verticale (accès aux postes à responsabilité) ;
  • l’attrition des femmes en cours de carrière, souvent liée à des contraintes familiales ou au manque de soutien institutionnel.

Ses suggestions pour améliorer la parité :

  • réaliser des études approfondies sur les parcours professionnels des femmes ;
  • créer des espaces de dialogue et des opportunités d’évolution accessibles.

 

Intervention de Lucia Goj : retour d’expérience dans le théâtre privé et public

Lucia Goy nous expose son parcours.

Elle fait partie de la première génération de femmes diplômées en scénographie en Italie, dans un environnement très masculin et témoigne des obstacles rencontrés, notamment liés aux attitudes sexistes ou paternalistes.

Elle souligne l’effet du mouvement #MeToo qui a entraîné la libération de la parole sur les comportements abusifs et la mise en place de formations anti-VHSS obligatoires, contribuant à une évolution culturelle dans les équipes techniques.

Pour elle la mixité améliore la gestion des crises et les dynamiques de groupe.

Elle insiste sur l’importance d’intégrer des profils masculins dans des équipes très féminisées, et vice versa, pour équilibrer les perspectives.

 

Intervention d’Esther Nissard : des retours concrets depuis le Théâtre national de Strasbourg

Esther, à son tour, nous livre son expérience positive en poste.

Les équipes et partenaires accueillent favorablement sa nomination en tant que directrice technique adjointe. Pour elle, la présence féminine incite à des pratiques plus inclusives et réfléchies (exemple de la gestion du port de charges lourdes).

Esther soulève la question de la légitimité professionnelle implique la nécessite d’une formation continue pour que les femmes se sentent compétentes dans des postes historiquement masculins.

Ella nous donne l’exemple d’initiatives inspirantes comme la participation à des tables rondes pour encourager les jeunes femmes à envisager ces carrières.

 

Intervention de Sarah Conné : vision stratégique de la responsabilité sociétale

Sarah Conné revient sur son rôle et sa place à la Philharmonie de Paris et fait un focus sur l’égalité femmes-hommes, une mise en avant de la stratégie RSE, intégrant des actions pour féminiser les équipes techniques.

Elle donne l’exemple des auditions à l’Orchestre de Paris qui a mis en place des jurys mixtes. Ces derniers augmentent la probabilité de recruter des femmes, même dans des processus anonymes.

Elle insiste sur les défis universels à mener. Les difficultés rencontrées dans les métiers techniques reflètent celles de nombreux secteurs : plafond de verre, manque de visibilité des modèles féminins et l’importance de l’accompagnement des parcours féminins, notamment pendant les périodes de maternité.

 

Conclusion et synthèse des échanges 

Les obstacles structurels à la parité incluent les stéréotypes genrés, les modes de recrutement et l’inertie institutionnelle.

La mixité, lorsqu’elle est atteinte, favorise des dynamiques de travail plus saines et productives.

Des pistes concrètes pour progresser :

  • Renforcer la collecte de données genrées ;
  • Sensibiliser et former dès le plus jeune âge ;
  • Promouvoir les modèles féminins dans les métiers techniques.

 

 

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