En ce mois de janvier 2026, profitant en plein d’un climat nantais fidèle à sa réputation, celle qui flatte les rhumatismes et les arthroses diverses, je m’emplis des BIS. J’y suis présent pour la première fois juste pour… rien ! Juste pour être un chaland qui s’enquière des nouveautés de la profession, qui renifle les nouvelles tendances (pas très folichonnes il faut bien l’avouer), lorsque mon téléphone émet le son caractéristique de l’arrivée d’un SMS. Il provient du président de notre association. Message clair et direct : « Très cher Jean-Jacques, l’association te commande un article pour la rubrique à la Une de son prochain Plein feu. Tu as carte blanche pour parler des 20 ans de Réditec. Merci. ». Bon. Mon chalandage semble se terminer, me voilà pourvu d’une mission.
Toutefois, je reste un peu circonspect. Nonobstant le caractère un peu abrupt de la demande, ce qui ne m’offusque guère, me vient immédiatement à l’esprit qu’avec mes compères Régis Vasseur et Joseph André nous avons coordonné un opuscule opportunément intitulé « Dans les coulisses de Réditec » paru en novembre 2024 (toujours en vente pour la modique somme de 15 €) où nous explorions au travers des témoignages de partenaires, architectes, sociologues, confrères, consœurs, administrateurs, scénographes, entre autres, répartis sur 296 pages judicieusement brochées, toute l’histoire passée, présente et à venir de cette association. Alors qu’écrire encore ?
Comme Paul Nizan, peut-être ? « J’avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Avoir vingt ans c’est aussi la fougue, l’inconscience, l’énergie et l’inexpérience, l’envie d’essayer, de vouloir tout changer. Mais en fait, que nenni, cela ne fonctionne pas pour Réditec. En regroupant les forces, l’imagination, la bienveillance des quatre cents responsables techniques membres de Réditec, peut-on penser cette association sans fougue, sans énergie ou expérience ? Et vouloir tout changer, il y a vingt ans, lorsqu’une poignée d’irréductibles directeurs techniques décidèrent de créer l’Association Professionnelle des Responsables Techniques du Spectacle Vivant (APRTSV, oui… rien ne nous faisait peur en ces temps reculés où nous ne connaissions pas bien les formes de la communication) c’était déjà avoir la force des vingt ans. Pour information tout cet historique est soigneusement narré dans « Dans les coulisses de Réditec » dès les premières pages. (Ce qui est assez logique, quand on y pense que l’historique soit placé au début. Novateur, oui mais avec un certain respect des conventions.) Donc Paul Nizan, non assurément ça ne correspond pas à Réditec.
Molière alors ? Dans le Misanthrope “La solitude effraie une âme de vingt ans.” Mais la solitude c’est aussi ce qui a participé à la création de Réditec et si elle nous a effrayé c’était bien avant nos vingt ans ! C’est parce que le directeur ou la directrice technique était censé être un animal solitaire que certains et certaines ont commencé à réfléchir ensemble. Les membres de l’association qui se sont exprimés dans l’ouvrage « Dans les coulisses de Réditec » expriment fortement cette nécessité de rompre l’isolement qui semblait être dans les gènes de tout bon responsable technique qui se respecte. Bon. Pas Molière, alors. (Dommage c’est quand même un peu une référence dans le métier…).
“Lorsqu’on a vingt ans, on est incendiaire, mais après la quarantaine, on devient pompier.” Cette magnifique citation est de Witold Gombrowicz et là on se dit qu’on y est ! Réditec à vingt ans est l’association qui regroupe les pompiers de service dans les établissements culturels, pompiers pour les risques incendies, bien sûr, mais aussi pour les relations entre les desiderata des artistes et les velléités des équipes techniques, les rapports entre les maitres d’ouvrages et maitres d’œuvres, les conflits entre souhaits artistiques et conformités réglementaires. Le hic, c’est que Réditec n’attendra pas de souffler ses quarante bougies pour être pompier… elle le fut dès sa naissance, et même bien avant. De par son travail, ses réflexions, l’expertise de ses membres, rappelons que dès 2011 l’association sortait « la charte pour le développement durable dans le spectacle vivant ». En 2011 ! et qu’en 2019 nous parlions déjà, lors des 7èmes rencontres de Strasbourg de l’arrivée de l’intelligence artificielle. Pompier peut-être, mais Réditec est surtout préventionniste ! (Ce paragraphe me fait penser que nous aurions pu faire intervenir un officier des pompiers dans notre recueil « Dans les coulisses de Réditec », toujours disponible). Bon, décidemment Witold Gombrowicz ne correspond pas non plus.
Alors il reste Jacques de Lacretelle : “Cédez-moi vos vingt ans si vous n’en faites rien.” Ben désolé M. de Lacretelle, nous en faisons beaucoup de nos vingt ans, nous continuons à réfléchir, à proposer, à créer des liens avec tout notre écosystème, à travailler pour que le métier progresse, et que cette progression ne nous oublie pas, à essayer de contenir les réglementations (ah… les éléments démontables), à tenter de maintenir un niveau d’exigence technique dans la culture, à participer à ce que la culture continue d’exister, à éditer. (D’ailleurs nous avons commencé avec le volume 1 de la collection – qui devrait en comporter d’autres – « Les cahiers de Réditec » je veux parler bien sûr « des coulisses de Réditec »)
Clairement, aucune citation ne correspond à Réditec ! En fait, vingt ans c’est juste une étape et ce seront les cents prochaines années qui seront importantes, que nous ne verrons pas, mais c’est pas grave. Nous avons vécu les vingt premières, et nous pouvons en être au moins contents, et pour certains très fiers.
Ah oui ! Point important : j’ai oublié de vous signaler que le président m’avait aussi donné une consigne : « simple obligation : parler à un moment donné des « Coulisses de Réditec ». J’ai fait ce que j’ai pu…
Jean-Jacques Monier